Déjà elle avait songé à le consulter. Sa conduite, jusqu’ici, avait été à la hauteur des circonstances, mais elle sentait bien qu’à mesure que les événements se précipiteraient, il faudrait pour les dominer une expérience plus mûre que la sienne.

Elle était seule, elle n’avait à se défier d’aucun espionnage immédiat, il y eût eu folie à ne pas profiter des quelques instants de liberté qui lui étaient laissés.

Elle sortit donc son buvard de sa malle, et après s’être barricadée pour éviter une surprise, elle se mit à écrire pour son vieux conseiller le récit des événements qui s’étaient succédé depuis leur dernière entrevue.

Avec une rare précision et une minutieuse abondance de détails, elle lui dit tout. Elle lui transcrivit la lettre de M. de Valorsay en lui donnant assez d’indications pour qu’en cas de malheur il pût en aller retirer les épreuves à la photographie Carjat...

Sa lettre achevée, elle ne la ferma pas.

—S’il survient quelque chose avant que je puisse la jeter à la poste, se disait-elle, je l’ajouterai.

Elle s’était hâtée tant qu’elle avait pu, croyant à tout moment entendre rentrer Mme de Fondège et Mme Léon...

Appréhension bien chimérique, en vérité.

Il était près de six heures, quand les deux «coureuses de magasins» reparurent, harassées à ce qu’elles disaient d’un si étonnant travail, mais rayonnantes...

Outre qu’elle avait acheté tout ce qu’exigeait sa fameuse toilette, «la générale» avait trouvé «un solde» de dentelles d’une rare beauté, et ma foi! elle en rapportait pour quatre mille francs.