—Il est de ces occasions qu’on ne doit pas laisser échapper, disait-elle, en étalant son emplette... Et, d’ailleurs, il en est des dentelles comme des diamants, il est sage d’en acheter tant qu’on peut... cela reste. Ce n’est pas une dépense, c’est un placement.
Raisonnement subtil, qui a coûté cher à plus d’un mari.
La gouvernante, elle, montrait fièrement à sa «chère demoiselle» une superbe confection, dont Mme de Fondège lui avait fait présent!...
—Allons, pensa Mlle Marguerite, l’argent ne coûte guère, dans cette maison!...
C’était même à supposer qu’il ne coûtait rien du tout.
«Le général» étant rentré peu après, amenant à dîner un de ses amis, on se mit à table, et Mlle Marguerite apprit que pas plus que sa femme, le digne homme n’avait perdu sa journée.
Lui aussi il tombait de fatigue, et véritablement il y avait de quoi.
Tout d’abord, il avait acheté les chevaux de cet aimable gentilhomme qui venait de faire «le plongeon,» et il les avait eus pour 5,000 fr., une bouchée de pain, vu leur beauté... Moins d’une heure après, il en avait refusé presque le double d’un amateur célèbre, M. de Breulh-Faverlay... Cette excellente spéculation l’ayant mis en goût, il était allé rôder autour d’un fort beau cheval de selle, et comme on le lui avait laissé pour cent louis, il n’avait pas su résister... Ce n’était pas une folie, certain qu’il était de le revendre avec mille francs au moins de bénéfice quand il voudrait.
—De sorte, remarqua son ami, que si vous achetiez tous les jours un cheval pareil, vous vous feriez, par an, 365,000 livres de rentes...
Était-ce une simple plaisanterie, comme on en fait à ces gens qui ont la manie de se vanter de marchés fabuleux?... Le mot avait-il une portée plus sérieuse et tout à fait blessante?...