Cela dit aussi ce qu’il y avait de profondément réel dans cette haine qu’il vouait au marquis de Valorsay et au vicomte de Coralth...

L’un, le marquis, d’un seul coup de filet, lui raflait quarante mille francs en beaux écus vivants et frétillants...

L’autre, le vicomte, venait de lui couper subitement l’herbe sous le pied et lui enlevait la prime magnifique de l’héritage de Chalusse, prime qu’il avait considérée comme acquise et déjà en sac.

Et non-seulement il était volé, dépouillé, escroqué,—il employait ces expressions,—mais il était joué, dupé, roulé, berné!... Et par qui?... par des gens qui ne faisaient pas comme lui profession d’être habiles... Lui, l’homme d’affaires impeccable, être victime de vulgaires «amateurs!»

Comme du vitriol versé sur une plaie vive, le fiel de l’amour-propre déchiré exaspérait la blessure saignante de sa cupidité.

En pareille occurrence, les menaces d’un tel homme avaient une effrayante portée... L’argent est froid, dit-on, mais il est dur, et c’est pour cela que ses vengeances sont implacables.

Et c’est en ce moment, lorsque M. Isidore Fortunat venait de jurer avec d’épouvantables blasphèmes la perte du marquis de Valorsay et du vicomte de Coralth, c’est à cette heure précise que sa gouvernante, l’austère Mme Dodelin lui remit la lettre de Mlle Marguerite...

Il la lut avec un sentiment d’immense stupeur, par trois fois, en se frottant les yeux, et tout haut comme s’il eût eu besoin de se prouver qu’il était bien éveillé.

«—Mardi, répétait-il, après-demain... chez vous... entre trois et quatre heures... il faut que je vous parle!...»

Si étrange était son attitude, tant de passions diverses et violentes bouleversaient son visage habituellement impassible, que Mme Dodelin, brûlant de curiosité, restait plantée devant lui, bouche béante, sans haleine, regardant de tous ses yeux, écoutant à pleines oreilles...