Chupin se mouchait à faire trembler les vitres, ce qui était sa manière de dissimuler son émotion quand elle allait jusqu’aux larmes...
—Tu parles comme une bonne femme de mère que tu es, s’écria-t-il enfin, et je suis plus fier de toi que si tu étais la plus belle dame et la plus riche de Paris, parce-que tu es la plus honnête et la plus vertueuse, et je ne serais qu’un lâche, «un feignant,» le dernier des propre-à-rien, si je te causais un chagrin... Et si jamais on me prend «à filer» quelqu’un d’un pied, je veux qu’on me coupe l’autre... Mais pour cette fois...
—Pour cette fois, va, Toto, je suis tranquille...
Il partit le cœur plus léger, et bientôt ne songea plus qu’à la mission dont il était chargé.
Ce n’était pas par pure fantaisie qu’il avait changé de costume. Son imprudence de la nuit précédente, chez Brébant, devait avoir fixé sa physionomie dans la mémoire du vicomte de Coralth, et au moment de s’attacher à ses pas, il importait de dérouter autant que possible ses investigations...
Cependant, il arrivait à la rue d’Anjou-Saint-Honoré, il commença bravement ses recherches.
Elles ne furent pas heureuses tout d’abord. Partout où il entrait pour demander le vicomte, on lui répondait qu’on ne le connaissait pas.
Il avait déjà visité la moitié de la rue, lorsqu’il arriva à une des plus belles maisons, devant laquelle stationnait, toute pleine de pots de fleurs, une de ces voitures basses et plates qu’emploient les jardiniers...
Un vieux homme, qui parut à Chupin être le concierge de la maison, et un domestique en gilet rouge déchargeaient les pots du fleurs et les rangeaient en ligne sous la porte cochère. La voiture vide, elle partit. Aussitôt Chupin s’avança, et, s’adressant au concierge:
—M. le vicomte de Coralth? demanda-t-il.