—Tu as donc besoin de te déguiser?... prononça-t-elle.
—Mais, m’man...
—Tais-toi, mon fils!... Quand on veut n’être pas reconnu, c’est qu’on va faire quelque chose de mal... Depuis que ton patron est venu ici, tu me caches quelque chose... Ne sais-tu donc pas que je ressens tout ce qui se passe en toi!... Prends garde, Toto!... Depuis que j’ai entendu la voix de cet homme, je suis sûre qu’il est capable de te pousser à quelque crime, comme les autres, autrefois...
L’aveugle prêchait un converti.
Depuis deux jours, le «pisteur d’héritages» se montrait sous un aspect si étrange, que Chupin, à part soi, s’était promis de changer de patron.
—Je te jure de le «lâcher,» m’man, déclara-t-il, ainsi, rassure-toi.
—Bien!... Mais en ce moment, où vas-tu?
Il n’était qu’un moyen de rassurer complétement la digne femme, c’était de lui tout confier.
Ainsi fit Chupin, avec la dernière franchise.
—Eh bien!... reprit-elle, quand il eut fini, tu vois avec quelle facilité tu te laisserais entraîner!... Comment as-tu pu te charger de faire ce honteux métier d’espion, toi qui sais où il peut conduire!... C’est la protection du bon Dieu qui t’a sauvé cette fois-ci d’une action que tu te serais reprochée toute la vie... Les intentions de ton patron sont bonnes, maintenant; elles étaient criminelles, quand il t’a commandé de suivre cette Mme d’Argelès... Pauvre femme!... elle s’était sacrifiée pour son fils, elle se cachait de lui, et tu travaillais à la trahir!... Pauvre créature... Ah! qu’elle a dû souffrir et comme je la plains!... Être ce qu’elle est et se voir dénoncée à son fils!... Moi qui ne suis qu’une malheureuse, je serais morte de honte!...