—Ça va bien! pensait Chupin, qui ne se sentait pas de joie; ça se corse, on va commencer à rire...
N’eût-il pas eu la précoce pénétration qu’il devait à sa vie accidentée, la jeune femme, en dix mots, et le vieux monsieur, en six proverbes, en avaient dit assez pour le mettre au courant de la situation.
Il connaissait maintenant, croyait-il, le contenu de la lettre qu’il venait d’apporter aussi parfaitement que s’il l’eût lue.
Il s’expliquait l’air furieux de M. de Coralth, et l’ordre qu’il avait donné de se hâter...
Enfin, il voyait distinctement et comprenait la relation qu’il avait tout d’abord vaguement soupçonnée entre la lettre à la baronne Trigault et la lettre à l’épouse légitime, et que l’une était la conséquence de l’autre...
Et toutes les circonstances de cette affaire s’enchaînaient, estimait-il, logiquement et comme fatalement.
Abandonnée par son mari, Mme Paul avait fini par se lasser de la misère et des privations... Elle s’était mise un beau matin à la recherche de ce lâche, l’avait retrouvé et lui avait écrit:
«Je consens à ne pas embarrasser ta vie, mais à la condition que tu nous donneras le nécessaire, à moi, qui suis ta femme, à mon enfant qui est le tien... Je veux tant, pour telle époque... Si tu me refuses, j’apparais et je te perds... Le scandale ne me servira pas de grand chose, c’est vrai, mais du moins je n’aurai plus à endurer ce supplice de te savoir entouré de toutes les recherches du luxe, pendant que je meurs de faim...»
Oui, évidemment, elle lui avait écrit cela. Ce n’était pas le texte, sans doute, c’était à coup sûr le sens.
Et au reçu de sa lettre, Coralth, ainsi qu’elle venait de le dire, avait été terrifié... Il n’avait que trop senti que du jour où sa femme se montrerait et crierait sur les toits son vrai nom et son passé, c’en serait fait de lui...