Il suffisait de ce nom de Valorsay pour mettre en mouvement toute la bile de M. Fortunat. Au souvenir seul de cet ancien client, il perdait absolument son sang-froid, c’est-à-dire sa qualité maîtresse.

Sa passion venait de trahir ses calculs... Que se proposait-il au début?... De surprendre Mlle Marguerite, de frapper son imagination, puis de la laisser venir, de la faire parler sans rien dire, et de rester quand même le maître de la situation.

Et pas du tout, il se livrait...

Il s’en aperçut, mais il était trop tard pour reculer, il le comprit bien à l’ardent regard que la jeune fille dardait sur lui.

—Comment le marquis de Valorsay n’a-t-il pas encore fait le plongeon?... C’est pour moi un prodige... Déjà, il y a six mois, ses créanciers menaçaient de l’exécuter... De quelles espérances les berce-t-il, depuis la mort de M. de Chalusse?... C’est ce que je ne puis pénétrer... Ce qui est certain, mademoiselle, c’est que le marquis n’a pas renoncé à la prétention d’être votre mari, et que pour y arriver, tous les moyens lui seront bons, tous, vous m’entendez...

Parfaitement maîtresse d’elle-même, désormais, Mlle Marguerite écoutait d’un visage aussi impassible que s’il se fût agi d’un autre...

Et M. Fortunat s’étant arrêté:

—Je savais tout cela, fit-elle d’un ton glacé...

—Quoi!... vous saviez...

—Oui. Seulement, il est une circonstance qui passe mon entendement... Ma dot seule tentait M. de Valorsay, n’est-ce pas? Pourquoi persiste-t-il à vouloir m’épouser, maintenant que je n’ai plus de dot?