Ce qui épouvantait Pascal, c’était le ton glacé de sa mère. Sa lenteur le torturait, et cependant il n’osait la presser...

—Ces Greloux, poursuivit-elle, m’ont semblé ce qu’on est convenu d’appeler d’assez braves gens, incapables je le crois d’une action que punit le code, et très-fiers de leurs sept mille livres de rente... Il se peut qu’ils aient été attachés à Mlle Marguerite, ce qui est sûr c’est que dès que j’ai eu prononcé son nom ils se sont répandus en protestations d’affection... Le mari, particulièrement, m’a paru garder d’elle un souvenir ressemblant à de la reconnaissance...

—Ah!... tu vois, mère, tu vois!...

—Quant à la femme, on eût dit qu’elle regrettait surtout la meilleure apprentie, la plus honnête fille, et la plus robuste travailleuse qu’elle eût rencontrée en sa vie... Et même, d’après ses récits, j’affirmerais qu’elle n’était pas sans abuser de la pauvre enfant, et qu’elle en faisait sa servante autant que son ouvrière...

Des larmes brillaient dans les yeux de Pascal, mais il respirait.

—Quant à Vantrasson, reprit Mme Férailleur, il est certain qu’il avait jeté les yeux sur l’apprentie de sa sœur...

—Oh!...

—Cet homme, devenu depuis un redoutable scélérat, n’était encore qu’un mauvais sujet, c’est-à-dire un ivrogne et un débauché sans foi ni loi... Il crut que la pauvre petite ouvrière, elle avait alors treize ans, serait trop heureuse de devenir la maîtresse du frère de sa patronne... Repoussé vaillamment, il fut blessé dans son amour-propre, et obséda si indignement l’infortunée, qu’elle dut se plaindre à sa patronne... laquelle, il faut le dire à sa honte, traita ces infamies d’enfantillages... puis à Greloux lui-même qui, ravi sans doute de se débarrasser d’un beau-frère qui le grugeait, le chassa.

A cette idée qu’un être vil et bas, tel que ce Vantrasson, avait osé offenser de ses odieuses poursuites la femme qui était dans son cœur comme une madone dans un sanctuaire, Pascal était transporté de rage...

—Le misérable! grondait-il, le misérable!