Mme Férailleur, sans paraître remarquer la colère de son fils, continuait:

—Les Greloux ont prétendu que depuis que leur ancienne apprentie est «dans les grandeurs,» selon leur expression, ils ne l’ont plus revue... En quoi ils m’ont menti... Ils l’ont revue au moins une fois, le jour où elle est allée leur porter 20,000 francs qui ont été le noyau de leur fortune... Ils ne se sont pas vantés de cela...

—Chère Marguerite, murmurait Pascal, chère Marguerite!...

Puis, tout haut:

—Mais où as-tu appris ces détails, chère mère? demanda-t-il.

—A l’hospice où Mlle Marguerite a été élevée et où les Greloux l’avaient prise... Là aussi, je n’ai recueilli que des éloges... «Jamais, m’a dit la supérieure, je n’ai eu une enfant si bien douée, d’un meilleur cœur, d’une si vive intelligence.» On n’avait à lui reprocher qu’une réserve précoce, et un respect de soi qui avait les façons du plus farouche orgueil... Cependant, elle n’a pas plus oublié l’hospice qu’elle n’avait oublié ses anciens patrons... Une première fois, la supérieure a reçu d’elle une somme de 25,000 fr., et, il n’y a pas un an, 100,000 francs dont le revenu doit être, chaque année, consacré à doter une orpheline...

Pascal triomphait.

—Eh bien!... ma mère, s’écria-t-il, eh bien!... Ai-je raison de l’aimer!...

Mais Mme Férailleur ne répondant pas, une douloureuse appréhension le saisit...

—Tu gardes le silence, fit-il; pourquoi? Le jour béni où il me sera permis d’épouser Marguerite, t’opposeras-tu à notre mariage?...