Et comme il avait peur de ne pas rester maître de lui, il balbutia quelques vagues excuses, et brusquement gagna sa chambre; brisé de corps et d’esprit, il se jeta tout habillé sur son lit...
Il eût été mal venu, il ne le sentait que trop, de maudire les principes arriérés de Mme Férailleur... Quelle mère jamais s’était élevée aux hauteurs de son dévouement! Et qui sait!... c’était peut-être dans les rigides préjugés dont elle était imbue, que cette simple et héroïque bourgeoise puisait son énergie, son enthousiasme du bien et ses haines vigoureuses du mal, et cette virilité d’esprit que nul malheur ne déconcertait...
Elle lui avait promis qu’elle ne s’opposerait pas à son mariage... N’était-ce pas déjà de sa part une concession immense, un sacrifice qui avait dû lui coûter cruellement!
Et dans le fait, où trouver une mère qui ne compte pas parmi les jouissances sublimes de la maternité, le soin de chercher une épouse pour son fils, et de lui choisir entre toutes, la jeune fille qui sera la compagne de sa vie, la gardienne fidèle de l’honneur du foyer, l’ange des bons et des mauvais jours!
Ainsi il songeait, quand sa porte s’ouvrant bruyamment, il sauta à terre d’un bond.
—Qu’est-ce?
C’était la Vantrasson qui venait annoncer à Monsieur que le dîner était servi, un dîner qu’elle avait confectionné elle-même, car Mme Férailleur, au moment de sortir, lui avait commandé de rester.
A la seule vue de l’hôtesse du «Garni modèle,» Pascal sentit monter à son cerveau des bouffées de rage folle, et il lui fut donné de mesurer la portée de certaines observations de sa mère.
Il souhaita le pouvoir de Dieu pour anéantir cette affreuse mégère... Et pourquoi?... Hélas!... parce qu’elle était la femme de Vantrasson, et que disposée naturellement à trouver simple et naturel tout ce qui était lâche et infâme, elle avait dû ajouter foi aux ignobles vanteries de son mari.
Vantrasson n’était qu’un abject calomniateur, Pascal en était sûr, mais ce misérable rencontrait des êtres aussi avilis que lui pour le croire... Et se sentir impuissant à punir!... Le malheureux connut le plus atroce supplice que puisse endurer l’homme qui aime...