Tout entier à ces sombres pensées, Pascal, tant que dura le repas, garda un farouche silence...
Il était à table, il mangea machinalement parce que sa mère emplissait son assiette, mais il eût été bien embarrassé à la fin de dire ce qui lui avait été servi... Et cependant, ce modeste dîner était excellent. La mégère du «Garni modèle» était véritablement une cuisinière remarquable, et, pour la première fois, elle s’était surpassée...
Même, elle fut piquée dans sa vanité de cordon-bleu de ne pas recevoir les compliments qu’elle espérait... A quatre ou cinq reprises, impatientée, elle demanda: «N’est-ce donc pas bon, cela?» et comme on lui répondit tout sèchement: «Très-bon...» elle se jura qu’elle ne prodiguerait plus ses talents pour de si pitoyables connaisseurs...
C’est que Mme Férailleur, de même que son fils, se taisait, et se hâtait de manger...
Visiblement, il lui tardait d’être débarrassée de la Vantrasson... Aussi, dès que le maigre dessert fut servi:
—Vous pouvez vous retirer, lui dit-elle, je rangerai tout.
Fort irritée du caractère taciturne de «ces gens-là,» l’hôtesse du «Garni modèle» sortit, et bientôt on l’entendit tirer brutalement sur elle la porte de la rue...
Alors Pascal respira longuement; comme si sa poitrine eût été soulagée d’un poids énorme... Tant que la Vantrasson avait été là, il n’avait pour ainsi dire pas osé lever les yeux, tant il avait peur de rencontrer le regard de cette mégère dont la doucereuse hypocrisie voilait mal l’impudente méchanceté! Il craignait de ne pouvoir résister à la tentation de l’étrangler.
Mais Mme Férailleur devait se méprendre à la physionomie bouleversée de son fils, et dès qu’ils furent seuls:
—Tu ne m’as pas pardonné ma franchise? commença-t-elle.