Douter de l’empressement du baron Trigault à se mettre à ses ordres et à accepter les yeux fermés toutes les mesures qu’il lui proposerait, était, de la part de Pascal, un pur enfantillage...
Il eût dû se rappeler que leurs intérêts étaient les mêmes, qu’ils haïssaient d’une haine pareille les mêmes ennemis, qu’ils étaient semblablement altérés de vengeance.
Et certes, les événements survenus depuis leur entrevue n’étaient pas de nature à modifier les intentions du baron.
Depuis, il avait assisté à la scène qui avait eu lieu entre Mme d’Argelès et le spirituel M. Wilkie, scène honteuse et abominable où il avait reconnu la scélératesse du vicomte de Coralth.
Mais le malheur rend timide et soupçonneux...
Les dernières défiances de Pascal ne s’évanouirent qu’à la rue de la Ville-l’Évêque.
A la façon dont le reçurent les domestiques, il put comprendre en quelle estime le tenait le baron Trigault... car il serait plus simple qu’il ne convient, celui qui, au seul accueil des valets, ne saurait pas exactement à quoi s’en tenir sur les dispositions du maître à son égard.
—Que Monsieur prenne la peine de me suivre, lui dit, après un respectueux salut, le domestique auquel il remit sa carte, M. le baron est en affaires, mais peu importe, M. le baron a recommandé d’introduire Monsieur dès qu’il se présenterait.
Pascal, sans mot dire, suivit...
La physionomie de l’hôtel Trigault était toujours celle qu’il lui avait vue, et qui l’avait frappé... C’était toujours le même luxe, éclatant en toutes choses, prodigue, insoucieux, royal... Les gens,—une véritable armée—allaient et venaient, s’empressant lentement... Une paire de chevaux de mille louis, attelés à un léger coupé trois quarts, le coupé de la baronne—piaffait au milieu de la cour... Les fleurs du vestibule renouvelées du matin embaumaient...