Il n’en essaya pas moins de dissimuler... Il se dit que laisser voir à cet homme d’affaires combien le coup était effroyable, ce serait lui livrer le secret de sa profonde détresse, confesser sa ruine absolue, renoncer à la lutte, désarmer, s’avouer vaincu, terrassé, perdu...

Rassemblant donc en un effort exorbitant toute son énergie, il maîtrisa ses émotions, et réussit à paraître, non désespéré, mais seulement irrité et très-contrarié...

—Bref, reprit-il d’une voix altérée, pas de fonds! Je comptais sur cent mille francs ce matin... Rien!... Comme c’est gracieux... Ah! le baron ne se doute guère de l’embarras où il me met...

—Pardonnez-moi, monsieur, il s’en doute si bien, qu’au lieu de vous prévenir par un simple billet, il m’envoie pour vous présenter ses sincères regrets... Véritablement, lorsque je l’ai quitté, il y a une heure, il était désolé... Il m’a surtout recommandé de vous bien expliquer qu’il n’y a eu rien de sa faute... Il comptait sur deux rentrées très-importantes, qui toutes deux, comme par un fait exprès, lui ont manqué... Hier, il a couru toute la soirée sans parvenir à rassembler les fonds.

Un peu remis du premier étourdissement, bien que fort pâle encore, le marquis dardait sur Pascal un regard soupçonneux.

Il n’était pas sans savoir de quelles doucereuses excuses les gens bien élevés enveloppent leurs refus pour en masquer l’amertume.

—Ainsi, fit-il d’un ton où perçait l’ironie, le baron est gêné.

—Franchement, je le crois.

—Pauvre baron!... Ah!... je le plains... oui considérablement.

Grave et froid comme un article du Code, Pascal semblait n’avoir point vu l’effet du message qu’il apportait, le trouble affreux du marquis et la contrainte qu’il s’était imposée.