—Que le diable vous emporte!... s’écria-t-il de ce ton grossier qu’il avait adopté, et que les flatteurs de ses millions déclaraient le dernier mot du «chic.» On ne devrait pas plus déranger un homme qui joue qu’un homme qui mange...

—Allons, allons, prince, fit doucement le baron, ne vous fâchez pas, je vous donnerai trois heures au lieu de deux. Seulement, j’ai un service à vous demander.

L’étranger, vivement, porta la main à sa poche, d’un mouvement si machinal et si naturel, que ni le baron ni Pascal ne purent garder leur sérieux; et lui-même, comprenant la cause de leur hilarité, éclata de rire.

—Ce que c’est que l’habitude! dit-il. Ah! depuis que je suis à Paris!... Mais voyons ce dont il s’agit.

Le baron s’assit, et d’un air grave:

—Voilà... répondit-il. Vous nous avez dit, il n’y a pas une heure, qu’ayant acheté des chevaux, vous avez été volé...

—Comme sur un grand chemin.

—Serait-il bien indiscret de vous demander par qui?

La pourpre des joues de Kami-Bey pâlit quelque peu.

—Hum!... fit-il d’une voix altérée, c’est délicat ce que vous me demandez là... Mon... voleur est, à ce qu’il paraît, un homme terrible, un spadassin, et si je dis quel tour il m’a joué, il est capable de me chercher querelle... Je n’ai pas peur de lui, croyez le bien, seulement mes principes me défendent de me battre... Quand on a comme moi un million de rentes, on ne s’expose pas aux hasards d’un duel...