De cette façon, en effet, l’inexplicable escroquerie de M. de Valorsay s’expliquait...

Se voyant perdu, croyant à son salut s’il gagnait du temps, il avait agi comme tous les caissiers infidèles, la première fois qu’ils empruntent à leur caisse... Il s’était dit: «Je rembourserai, et personne ne saura rien!...»

Puis, l’échéance arrivée, il s’était trouvé n’avoir pas plus de ressources que le jour du vol, et force lui avait bien été de s’abandonner aux événements.

—Et que comptez-vous faire, prince?... reprit Pascal.

—Ah! je me le demande... J’ai exigé du marquis la collection de tous les journaux où ses chevaux sont désignés... Cela servirait en cas de procès... Seulement, dois-je déposer une plainte? S’il ne s’agissait que d’argent, je rirais, je suis au-dessus de cette misère... Mais il s’est moqué de moi outrageusement, et cela me vexe. D’un autre côté, avouer qu’on peut me duper ainsi, c’est me couvrir de ridicule... Puis, ce diable d’homme est dangereux. Si son cercle allait prendre parti pour lui, que deviendrais-je, moi, étranger?... Je serais forcé de quitter Paris. Ah! je donnerais bien dix mille francs à qui m’arrangerait cette affaire maudite!...

Ses perplexités étaient si affreuses, et si terrible son dépit, que pour cette fois seulement il arracha son éternel fez et le lança violemment sur la table, en jurant comme un charretier...

Mais il ne tarda pas à se remettre, et d’un ton qui jouait assez mal l’insouciance:

—Bast! fit-il, en voici assez là-dessus pour aujourd’hui... Je suis ici pour jouer, jouons, baron... Car nous gaspillons un temps précieux, comme vous disiez autrefois.

Pascal n’avait plus rien à apprendre, il serra la main du baron, prit avec lui rendez-vous pour le soir même et sortit.

La demie de deux heures sonnait, il avait encore devant lui une grande heure et demie.