—Si j’en profitais pour manger quelque chose! se dit-il, forcé par les tiraillements de son estomac de se rappeler qu’il n’avait rien pris de la journée qu’une tasse de chocolat.

Précisément il passait devant un café, il y entra, se fit servir à déjeuner, et se remit en route de façon à arriver chez M. de Valorsay juste à l’heure qu’il lui avait fixée...

Il s’y fût présenté bien plus tôt, s’il n’eût écouté que son impatience, persuadé que cette seconde entrevue serait décisive... Mais la prudence lui commandait de ne se point exposer à rencontrer Mme Léon et ce docteur Jodon qui l’intriguait tant.

—Et bien!... Monsieur Mauméjan... lui cria le marquis dès qu’il parut.

Il y avait peut-être une heure déjà qu’il comptait les secondes, agité d’une indicible angoisse, son accent le disait.

Gravement Pascal tira de sa poche vingt-quatre billets de mille francs et un effet de commerce, qu’il posa sur la table, en disant:

—Voilà, monsieur le marquis. Comme de raison, je me suis appliqué tout d’abord mes cinquante louis de commission... Souscrivez maintenant à mon ordre un billet de vingt-cinq mille francs, à deux mois, et pour aujourd’hui nous serons quittes...

C’est d’une main tremblante d’émotion, que M. de Valorsay libella ce billet... L’instant d’avant, il doutait encore de la promesse de cet homme d’affaires inconnu, survenu si fort à propos... et lorsqu’il eut signé...

—Voilà toujours de quoi payer ma dette de jeu, fit-il, en jetant négligemment les billets de banque dans son tiroir... Mon embarras n’en est pas moins grand... Ces vingt-quatre mille francs ne remplacent pas les cent mille que m’avait promis le baron Trigault...

Et comme Pascal ne répondait pas, il se mit à arpenter le fumoir, pâle, les sourcils froncés, en homme qui avant de prendre un grand parti, en calcule les conséquences...