—Mais oui!... N’est-ce pas vous, qui à nos premières entrevues me disiez: «Ce qui vous sauvera, c’est que vous n’avez, de votre vie, emprunté un louis à un ami... Un créancier ordinaire prend de gros intérêts, et une fois payé se tait... Un ami n’est satisfait que le jour où toute la terre sait qu’il vous a généreusement obligé... Mieux vaut un usurier.» Je trouvais cela très-sensé, ma foi! et j’étais encore de votre avis, quand vous ajoutiez: «Donc, monsieur le marquis, pas d’emprunt de ce genre jusqu’à votre mariage, sous aucun prétexte... Passez-vous de manger plutôt. Vous avez encore crédit sur rue, mais le sol est miné... L’indiscrétion d’un ami disant: Je crois Valorsay gêné... peut mettre le feu à la mine, et vous sautez!»
En vérité, le malaise de M. Fortunat était pénible à voir.
Ce n’est pas qu’il manquât d’audace, mais les événements de la soirée avaient ébranlé son aplomb.
Imperturbable quand il avait en main les intérêts d’autrui, il se trouvait tout désorienté d’avoir à manier les siens propres. L’espoir de gain et le chagrin de la perte lui enlevaient sa lucidité.
Il était comme ces professeurs de jeu, plus froids que la glace en théorie, conseillers excellents des joueurs aventureux, qui, dès qu’ils touchent aux cartes pour leur compte, perdent la tête, ou «s’emballent,» pour parler l’argot du tapis vert.
Sentant bien qu’il venait de commettre une maladresse insigne, il se creusait la tête à chercher comment la réparer, ne trouvait pas, et sa gaucherie en redoublait.
—M’avez-vous, oui ou non, tenu ce langage, insista M. de Valorsay... Qu’avez-vous à répondre?
—Les circonstances...
—Lesquelles?...
—Dame!... des besoins urgente... Il n’est pas de règle sans exception... Je ne prévoyais pas que vous iriez si vite... Voilà quarante mille francs que je vous avance en cinq mois... c’est énorme... A votre place je me serais restreint, j’aurais économisé...