Il s’arrêta, il fut contraint de s’arrêter par le regard perspicace et terrible dont l’enveloppa M. de Valorsay.
Il était furieux contre lui-même...—«Je deviens stupide,» pensait-il.
—Encore un sage conseil, reprit ironiquement le gentilhomme ruiné... Que ne m’engagez-vous, pendant que vous y êtes, à vendre chevaux et voitures, et à aller m’établir rue Amelot, au 4e sur la cour... Cela semblerait bien naturel, n’est-ce pas, et inspirerait à M. de Chalusse une confiance sans bornes?...
—On peut, sans en arriver là...
—Ah! taisez-vous, interrompit violemment le marquis, car mieux qu’un autre vous savez que je suis condamné au luxe... Vous savez aussi que je suis condamné aux apparences quand la réalité n’est plus!... Le salut est à ce prix. J’ai joué, soupé, fait courir... il faut que je continue. J’en suis venu à exécrer Ninette Simplon, pour qui j’ai fait des folies, et je la garde... c’est une enseigne... J’ai jeté les billets de mille francs par la fenêtre, je n’ai pas le droit de n’en pas jeter... et cependant je n’en ai plus... Que dirait-on si je m’arrêtais? «—Valorsay a fait le plongeon!» Alors, adieu les héritières... Et je reste souriant: c’est dans le rôle... Que penseraient mes domestiques, vingt espions que je paye, s’ils me voyaient soucieux?...
Savez-vous, mons Fortunat, que j’en ai été réduit à dîner à crédit à mon cercle, parce que j’avais payé, le matin, la provende du mois de mes chevaux?...
Certes, j’ai chez moi des objets du plus grand prix... je ne puis m’en défaire, cela se verrait et ils font partie de mon étalage... Un cabotin ne vend pas ses costumes parce qu’il a faim... il se passe de manger... et l’heure de la représentation venue, il endosse ses habits de velours et de satin, et l’estomac creux, il chante les délices de la bonne chère et l’ivresse des vieux vins...
Voilà ce que je fais, moi, Robert Dalbon, marquis de Valorsay!...
Aux dernières courses de Vincennes, il y a quinze jours, j’avais fait atteler à la Daumont, et mes quatre chevaux soulevaient tout le long du boulevard comme une poussière d’envie...
J’ai entendu un ouvrier qui disait: «Sont-ils heureux, ces riches!»