—Vos menaces m’obligent à prendre ce parti si contraire à mes intentions... J’ai compris que vous ne reculeriez devant aucun scandale...
—Dame!... quand il s’agit de je ne sais combien de millions!...
—J’ai réfléchi ensuite que, sur la pente dangereuse où je vous vois lancé, rien ne peut plus vous arrêter qu’une grande fortune... Pauvre, réduit à gagner votre pain chaque jour, rebelle au travail et peut être incapable, qui sait en quels bourbiers vous rouleriez?... Avec vos goûts, vos ridicules et vos vices, qui peut dire à quelles infamies vous demanderiez de l’argent!... Avant longtemps, on vous verrait sur ces bancs de la police correctionnelle où sont allés s’échouer tant de vos pareils, et c’est par votre flétrissure que j’aurais de vos nouvelles... Riche, au contraire, vous aurez sans doute l’honnêteté des gens qui, ne manquant de rien, ne sont pas exposés aux terribles suggestions du besoin... honnêteté facile, dont il n’y a pas à se glorifier... Qui dit vertu, en effet, suppose la tentation, une lutte et la victoire...
Quoique ne comprenant pas très-bien, M. Wilkie voulait présenter une objection, mais déjà Mme d’Argelès poursuivait:
—Je suis donc allée ce matin même chez mon notaire, je lui ai tout dit, et à cette heure, ma renonciation à la succession du comte de Chalusse doit être enregistrée au greffe du tribunal...
—Comment, votre renonciation!... Ah! mais non... Ah! mais...
—Laissez-moi achever, si vous ne comprenez pas... Du moment où je renonce à cette succession, c’est à vous, mon fils, qu’elle revient...
—Vrai!...
—Oh!... soyez tranquille, je ne veux pas vous tromper... Ce que je voudrais, c’est que le nom de Lia d’Argelès ne fût pas prononcé... Je vous remettrai les pièces qui vous sont nécessaires, mon contrat de mariage et votre extrait de naissance.
C’était la joie, maintenant, qui suffoquait M. Wilkie.