C’était bien ce même médecin qui, devant le lit de mort du comte de Chalusse, avait obsédé Mlle Marguerite de ses empressements intéressés et de l’impudence de ses questions...

C’était toujours l’ambitieux déçu, au sourire pâle errant sur ses lèvres plates, dévoré de convoitises et prêt à tout pour les assouvir, l’homme selon son siècle, enfin, ayant tout sacrifié aux apparences où il espérait prendre les autres, et crevant de faim et de rage au milieu du clinquant de son faux luxe.

M. Casimir n’était qu’un complice inconscient... Lui, savait ce qu’il faisait.

Mis en rapport par Mme Léon avec le marquis de Valorsay, il l’avait tout d’abord pénétré... Dignes de s’entendre, ils s’étaient entendus... Pas un mot précis n’avait été prononcé entre eux, ils étaient trop forts l’un et l’autre pour qu’il en fût besoin, et cependant un pacte avait été conclu, chacun s’engageant tacitement à servir l’autre selon ses moyens...

Dès que parut le médecin, M. de Valorsay se leva pour lui serrer la main, et après lui avoir avancé un fauteuil:

—Je ne vous cacherai pas, docteur, dit-il, que j’ai préparé monsieur—il désignait M. Wilkie—à vos terribles confidences...

Sous l’attitude roide du docteur, un observateur eût constaté cette trépidation intérieure qui précède une mauvaise action froidement conçue et résolue.

—En vérité, commença-t-il,—cherchant péniblement ses phrases,—au moment de parler, j’hésite presque... Notre profession a des exigences pénibles... Peut-être est-il bien tard... S’il s’était trouvé à l’hôtel de Chalusse un parent du comte, ou seulement un héritier, j’aurais certainement provoqué une autopsie... Tandis que maintenant...

A ce mot d’autopsie, M. Wilkie s’était mis à rouler des yeux effarés...

Il ouvrit la bouche pour interrompre, mais déjà le médecin poursuivait: