—Je n’ai d’ailleurs que des soupçons... basés, il est vrai, sur des circonstances inquiétantes et anormales... Je suis homme, c’est-à-dire, sujet à l’erreur... En l’état actuel de la science, affirmer serait une impardonnable témérité...

—Affirmer quoi? interrompit M. Wilkie.

Le docteur ne parut pas l’entendre, et toujours du même ton dogmatique:

—En apparence, continua-t-il, le comte est mort d’une attaque d’apoplexie... Mais certaines substances toxiques produisent des symptômes analogues et même identiques, très-capables d’abuser l’expérience la plus éclairée... La persistance de l’intelligence de M. de Chalusse, la rigidité musculaire alternant avec un relâchement complet, la dilatation des pupilles et plus que tout l’intensité de ses dernières convulsions m’ont amené à me demander si une main criminelle n’avait pas hâté sa fin...

Plus blanc que sa chemise, et tremblant comme la feuille, M. Wilkie se dressa.

—J’avais donc bien compris!... s’écria-t-il. Le comte est mort assassiné, empoisonné!...

Mais le médecin aussitôt protesta.

—Oh!... pas si vite!... fit-il. Ne changez pas mes conjectures en affirmation... Pourtant, je ne dois pas vous taire les circonstances qui ont éveillé mes soupçons... Dans la matinée du jour où il a été frappé, M. de Chalusse a bu environ deux cuillerées du contenu d’une fiole qu’on n’a pu ou qu’on n’a pas voulu me représenter. Que contenait cette fiole?... On me répond: «Un remède contre l’apoplexie.» Je ne dis pas absolument non, mais prouvez... Quant au mobile qui aurait déterminé le crime, il saute aux yeux... Le secrétaire renfermait deux millions, et ils ont disparu... Montrez-moi la fiole, retrouvez l’argent, et j’avouerai que j’ai tort... Jusque-là je douterai...

Ce n’était pas un médecin qui parlait, c’était un juge d’instruction, et sa menaçante déduction s’enfonçait comme un coin dans la cervelle de M. Wilkie.

—Qui donc, demanda-t-il, aurait commis le crime?