—Fou? moi!... jamais de la vie... Je deviens...

Il s’arrêta court. Il allait dire: «honnête homme.» Mais de même qu’il ne faut point parler de corde dans la maison d’un pendu, il est certains mots qu’on ne doit jamais prononcer devant certaines gens... Chupin savait cela, aussi se reprenant vivement:

—Quand je serai très-riche, m’sieu, ajouta-t-il, quand je serai banquier et que j’aurai des tas d’employés, qui passeront leurs journées à compter mes pièces de cent sous derrière des grillages, je veux une femme comme celle-là... Mais je file, bien au revoir, m’sieu...

Et voici comment et pourquoi l’honnête Mme Léon avait surpris sa «chère demoiselle» en grande conversation avec «un vaurien en blouse.»

C’est que Victor Chupin n’était pas un garçon à promettre et à ne point tenir.

S’il était difficile à émouvoir, comme tous ceux dont l’existence a été pénible, ses émotions durables ne s’évaporaient pas en vaines protestations... Quand l’enthousiasme vibrait en lui, ce n’était pas pour un jour...

Retrouver Pascal Férailleur devint son idée fixe. Tâche difficile, dans les conditions où il l’entreprenait.

Quel était en effet le point de départ de ses investigations?... Il savait que Pascal habitait rue d’Ulm, et qu’il en était parti soudainement avec sa mère, en annonçant qu’il se rendait en Amérique. A cela se bornait le positif. Pour ce qui est des conjectures, Chupin était persuadé, sur la foi de Mlle Marguerite, que Pascal n’avait pas quitté Paris et y attendait l’occasion de se réhabiliter, en se vengeant de M. de Coralth et du marquis de Valorsay...

Avec ces seuls indices, espérer découvrir un homme ayant intérêt à se cacher, dans une ville comme Paris, n’est-ce pas folie?...

Ainsi ne pensait pas Chupin. Lorsqu’il avait déclaré qu’il répondait de tout, c’est qu’il avait, ainsi qu’il le disait, son idée.