C’est pourquoi, en sortant de chez M. Fortunat, il courut tout d’une haleine rue d’Ulm.
Le concierge de l’ancienne maison de Pascal n’était pas poli. C’était ce même homme qui avait répondu si brutalement à Mlle Marguerite. Mais Chupin possédait l’art de dérider les portiers les plus rébarbatifs et de leur arracher les renseignements dont il avait besoin.
Il apprit de celui-ci que c’était le 16 octobre, à neuf heures du soir, que Mme Férailleur, après avoir fait charger ses bagages sur un fiacre, y était montée en disant au cocher: «Place du Havre, au chemin de fer!...»
Chupin eût bien voulu savoir le numéro du fiacre, il ne voulait même que cela... Le concierge l’ignorait, mais il déclara que Mme Férailleur avait envoyé chercher cette voiture par sa femme de ménage, laquelle demeurait à deux pas, rue Mouffetard...
L’instant d’après, Chupin frappait à la porte de cette femme de ménage.
C’était une digne personne, qui regrettait amèrement ses maîtres. Elle confirma les dires du portier, mais elle avait oublié le numéro du fiacre. Tout ce qu’elle put dire, c’est qu’elle l’avait pris à la station de la rue Soufflot et que le cocher était un gros réjoui.
Chupin se rendit rue Soufflot.
Malheureusement le surveillant de la station était d’une humeur massacrante. Il commença par demander de quel droit on le questionnait, pourquoi et si on le prenait pour un mouchard?... Il ajouta que son métier consistait à écrire sur un carnet le numéro de tous les fiacres de la station, à viser à l’arrivée et au départ la feuille des cochers, et qu’il ne pouvait fournir aucune indication...
Évidemment, il n’y avait rien à attendre de ce surveillant farouche... Chupin ne l’en salua pas moins civilement, et une fois hors de sa petite cabine:
—Mauvaise affaire!... grommela-t-il piteusement. Il faudrait voir maintenant à trouver autre chose.