Découragé, il ne l’était aucunement, mais seulement déconcerté et fort perplexe.
Ah!... s’il eût eu en poche une carte de la préfecture de police, si seulement son extérieur eût été de ceux qui imposent, il ne se fût point senti embarrassé... Suivre à la piste, à travers Paris un fiacre chargé de bagages, eût été pour lui aussi facile que de suivre dans la nuit un homme portant un fanal.
Mais, infime, chétif, sans appui ni recommandations, sans autres moyens que son aplomb et son expérience du pavé de «sa» ville, tout pour lui devenait obstacle.
Debout sur le trottoir, devant l’école de droit, il avait retiré sa casquette, et furieusement se grattait la tête, quand tout à coup:
—Suis-je assez bête! s’écria-t-il si haut que plusieurs passants se détournèrent pour voir qui s’adressait cette épithète peu flatteuse.
C’est qu’il venait de se rappeler un des débiteurs de M. Isidore Fortunat, qu’il était allé tourmenter bien souvent pour lui arracher quelques malheureuses pièces de cent sous et qui était employé à l’administration centrale de la Compagnie des Petites-Voitures.
—Si quelqu’un peut me tirer de peine, pensa-t-il, c’est ce gars-là... Pourvu qu’il soit encore à son bureau!... Allons, Victor, mon fils, haut le pied!...
Ce qu’il y avait de pis, c’est qu’il ne pouvait se présenter à ce bureau vêtu comme il l’était... Bon gré mal gré, il lui fallait passer chez lui, rue du Faubourg-Saint-Denis, pour y endosser sa redingote d’employé aux recouvrements de M. Fortunat...
Il prit une voiture «à ses frais,» il se hâta tant qu’il put, mais les courses étaient longues, et dix heures sonnaient lorsqu’il arriva à l’administration centrale, avenue de Ségur.
Bonheur inespéré!... Son homme, chargé d’un travail particulier de pointage, revenait chaque soir après son dîner, et il était là!...