C’était un brave garçon, un pauvre diable qui gagnait quinze cents francs par an, qui en dépensait deux mille et, comme de juste, qui employait le plus clair de son intelligence à défendre contre ses créanciers ses maigres appointements.
Il eut un geste furibond en reconnaissant Chupin, et son premier mot fut:
—Je n’ai pas le sou!
Chupin, lui, avait aux lèvres son meilleur sourire.
—Quoi!... fit-il, vous pensez que je viens vous réclamer de l’argent, ici, à cette heure! Vous me prenez pour un autre!... Je viens simplement vous demander un service...
Le front assombri de l’employé s’éclaira.
—Puisque c’est ainsi, asseyez-vous donc, dit-il, et voyons ce dont il s’agit...
—Voilà: le 16 octobre, à neuf heures du soir, une dame, demeurant rue d’Ulm, a envoyé chercher un fiacre à la station de la rue Soufflot, y a fait charger ses bagages, et s’est fait conduire, on ne sait où... Comme cette dame est parente du patron, il voudrait la rejoindre, et donnerait bien cent francs, plus que vous ne lui devez, pour savoir le numéro du fiacre... Il prétend que ce numéro, vous le lui diriez, si vous le vouliez... C’est impossible, n’est-ce pas?...
Plus encore que la remise de la dette, le doute de Chupin émoustilla l’employé.
—Rien n’est plus simple, au contraire, déclara-t-il, fier d’expliquer à un profane l’ingénieux mécanisme de son administration... Vous ayez bien dix minutes...