—Quand je vous disais!... Voici la feuille du fiacre 2140... lisez, tenez, là: «Vendredi, neuf heures dix minutes du soir, chargé rue d’Ulm!...» Que pensez-vous de ça?...
—C’est épatant!... Mais où prendre le cocher?...
—En ce moment, je ne sais, il est dehors. Mais comme il est de ce dépôt, si vous voulez l’attendre, il finira toujours par rentrer...
—Je l’attendrai... Seulement, comme je n’ai pas dîné, il faut que j’aille manger un morceau... A une autre fois!... Je vous promets que M. Fortunat vous renverra votre billet...
Chupin, en effet, avait grand faim, et c’est au pas de course qu’il gagna un petit restaurant qu’il avait remarqué en venant. Là, pour dix-huit sous, il dîna comme un prince; il s’offrit en manière de récompense une tasse de café et un petit verre, et c’est ainsi lesté qu’il retourna au dépôt.
Le fiacre 2140 n’étant pas rentré en son absence, il se mit en faction à la porte.
Ah!... sa patience eût été mise à une rude épreuve, s’il n’eût possédé à fond l’art d’attendre, car c’est un art difficile que de savoir rester en observation sans trop s’ennuyer, sans attirer surtout l’attention...
Il était un peu plus de minuit, lorsque Chupin, non sans un battement de cœur, vit entrer dans la cour la voiture tant désirée...
Lentement le cocher descendit de son siége, passa au bureau du contrôleur verser son gain de la journée et rendre sa «feuille de retour» et sortit...
C’était bien un gros réjoui, ainsi que l’avait annoncé la femme de ménage, et qui ne fit point de façons pour accepter un verre de n’importe quoi chez un marchand de vin resté ouvert...