Il est vrai de dire que, quarante-huit heures durant, Mme d’Argelès fut au désespoir. La police avait commencé une manière d’enquête, et cela pouvait effaroucher ses habitués et vider son salon.
Elle dut se consoler au bruit des triomphantes réclames que lui avait valu ce suicide. Pendant cinq jours, Paris désœuvré ne s’occupa que d’elle, et Alfred d’Aunay publia son portrait dans sa Chronique illustrée.
Ce que pas un chroniqueur ne dit, par exemple, et ce, faute de le savoir, c’est ce qu’était au juste Mme Lia d’Argelès.
Qui était-ce et d’où venait-elle?... Comment avait-elle vécu jusqu’au jour où elle avait surgi au soleil de la galanterie?... L’hôtel de la rue de Berry lui appartenait-il?... Était-elle riche comme on l’assurait?... Où avait-elle pris ses façons, qui étaient celles d’une femme du monde, son instruction qui paraissait étendue et son remarquable talent de musicienne?...
Tout, en elle, était sujet de conjectures, jusqu’à ce nom tiré de la Bible et d’un Guide des Pyrénées qu’elle mettait sur ses cartes de visite: Lia d’Argelès.
N’importe!... on affluait chez elle, et à l’heure même où le marquis de Valorsay et M. Fortunat prononçaient son nom, il y avait dix équipages devant sa porte, et ses salons s’emplissaient.
Il était minuit et demi, et la partie bi-hebdomadaire venait de s’engager, quand un valet de pied, en bas de soie, annonça coup sur coup:
—M. le vicomte de Coralth!... M. Pascal Férailleur!
Bien peu, parmi les joueurs, daignèrent lever la tête.
Un vieux grommela: