Déjà Mlle Marguerite avait gagné sa chambre et s’était jetée sur son lit...

Elle souffrait horriblement... L’âme vaillante tenait bon, mais le corps succombait..... Ses artères battaient avec une violence inouïe, elle sentait un froid glacial lui monter des pieds jusqu’au cœur, sa tête brûlait comme si elle y eût eu un brasier...

—Mon Dieu!... pensait-elle, est-ce que je vais tomber malade au dernier moment, et quand j’ai le plus besoin de toutes mes forces...

Elle essaya de dormir.... mais le pouvait-elle? Comment se délivrer de l’odieuse obsession!... Sa mère!... Penser qu’une telle femme était sa mère!... N’était-ce pas à mourir de douleur et de honte! et il fallait la sauver, anéantir avec ses lettres la preuve de son crime... Le pouvoir du vieux juge de paix irait-il jusque-là?...

Et cependant elle se demandait si elle n’avait pas été trop cruelle, trop dure... Criminelle ou non, la baronne était sa mère... De quel droit s’était-elle montrée impitoyable, quand tendre la main à cette misérable femme, c’eût été peut-être l’arracher à son affreuse existence.

Ainsi elle songeait, oubliée dans sa petite chambre... Les heures passaient; et le jour commençait à baisser quand, dans la rue, sous ses fenêtres, un cri strident retentit:

—Pi... ouit!...

Ce fut comme une commotion électrique. D’un bond elle fut sur pied.

Ce cri, c’était le signal dont elle était convenue avec ce jeune garçon qui chez M. Fortunat s’était si soudainement déclaré son auxiliaire.

Pourtant, ne s’abusait-elle pas?... Non... Elle écouta: le cri se fit entendre une seconde fois, plus aigu et plus prolongé.