Le salon de jeu, celui où se trouvait Pascal, était vaste, très-haut d’étage et meublé avec une magnificence d’assez bon goût.
Le tapis n’avait point de tons criards, il n’y avait pas trop d’or aux corniches, le sujet de la pendule était convenable.
Ce qui jurait, c’était une sorte d’abat-jour mobile, placé fort ingénieusement au-dessus du lustre, de façon à renvoyer sur la table de jeu toute la lumière des bougies.
Cette table de jeu, elle-même, était recouverte d’un tapis d’une grande richesse, mais on n’en apercevait que les coins, car on avait jeté dessus un second tapis, vert celui-là, et tout usé...
C’est à peine si Mme d’Argelès avait une cinquantaine d’invités, mais tous, par leurs manières, semblaient appartenir à la meilleure compagnie. Ils avaient dépassé quarante ans pour la plupart, beaucoup étaient chamarrés de décorations, deux ou trois très-vieux étaient l’objet d’une certaine déférence.
Certains noms connus que Pascal entendit prononcer, le surprirent étrangement.
—Comment! ces gens-là ici! se disait-il... Et moi qui m’attendais à une sorte de tripot clandestin...
Il n’y avait guère que sept à huit femmes, aucune n’était remarquable, toutes avaient des toilettes très-riches, d’un goût douteux, et des diamants.
Pascal remarqua qu’on les traitait avec une indifférence parfaite et qu’on employait en leur parlant une politesse trop affectée pour n’être pas ironique.
Vingt personnes au plus étaient assises au jeu; les autres s’étaient retirées dans le salon voisin, se tenaient immobiles autour de la table, ou causaient par groupes dans les coins.