Le surprenant, c’est que tout le monde parlait bas, et il y avait comme du respect dans ce chuchotement.

On eût dit qu’on célébrait dans ce salon les rites bizarres de quelque culte mystérieux. Le jeu n’est-il pas une idolâtrie consacrée par l’estampille du valet de trèfle, dont les cartes sont le symbole, qui a ses images et ses fétiches, ses miracles, ses fanatiques et ses martyrs.

Et par moments, sur cet accompagnement de chuchotements, se détachaient, étranges et baroques, les exclamations des joueurs:

—Il y a vingt louis!... Je les tiens!... Je passe la main!... Le jeu est fait!... Banco!...

—Quelle réunion bizarre!... pensait Pascal Férailleur; les singulières gens!...

Et toute son attention se concentrait sur la maîtresse de la maison, comme s’il eût espéré surprendre sur son visage le mot d’une énigme.

Mais Mme Lia d’Argelès échappait à toute analyse.

C’était une de ces femmes dont l’âge douteux flotte, selon leur disposition, entre le 3 et le 5, qui ne paraissent pas trente ans un soir, et qui le lendemain en accusent plus de cinquante.

Elle avait dû être très-belle autrefois, et même elle était belle encore. Seulement sa taille s’était alourdie et ses traits délicats s’empâtaient.

Blonde, elle avait les yeux d’un bleu si clair, qu’ils paraissaient en quelque sorte déteints. Sa blancheur surtout frappait, blancheur mate et molle, trahissant l’abus des fards et des cosmétiques, la vie de nuit, à la flamme des lustres, le sommeil du jour, les volets fermés, enfin les bains prolongés et le constant usage de la poudre de riz.