Même, se sentant faible, car elle n’avait rien pris de la journée, elle eut de la peine à obtenir des domestiques quelque chose à manger, un potage et une tranche de viande froide, qu’on lui servit en rechignant, sur un coin de table, sans nappe.

La demie de sept heures sonnait, comme elle finissait ce dîner sommaire... Elle laissa s’écouler un moment encore, puis, craignant de faire attendre Mme Férailleur, elle descendit.

Rue Boursault, à la place indiquée, un fiacre stationnait. Les glaces en étaient baissées, et, dans l’ombre, vaguement, on distinguait le visage et les cheveux blancs d’une femme âgée.

Rapidement, après un regard autour d’elle, pour s’assurer qu’on ne l’avait pas suivie, Mlle Marguerite s’approcha.

—Montez vite, mademoiselle, lui dit une voix bienveillante.

Elle monta, et la portière n’était pas refermée, que le cocher, enveloppant ses chevaux d’un vigoureux coup de fouet, les lança au galop.

Évidemment, avec ses instructions, il avait reçu d’avance les arrhes d’un magnifique pourboire.

Assises l’une près de l’autre sur la banquette du fond, la vieille femme et la jeune fille gardaient le silence, s’observant à la dérobée, cherchant à se dévisager toutes les fois que la voiture passait devant quelque magasin fortement éclairé.

Elles ne s’étaient jamais vues, et leur anxiété de se connaître était immense, chacune sentant bien que l’autre aurait sur sa vie une influence décisive...

Qui eût été admis à l’intimité de Mme Férailleur eût sans doute trouvé bien surprenante, bien extraordinaire, inouïe, la démarche qu’elle hasardait en ce moment... Elle était cependant tout à fait dans la logique de son caractère.