Tant qu’elle avait espéré détourner Pascal d’épouser Mlle Marguerite, elle avait témoigné hautement et même exagéré ses préventions et ses répugnances... Mais du moment où, vaincue par la passion de son fils, elle se laissa arracher son consentement, le point de vue changea. La jeune fille qui allait être sa bru lui devint sacrée, et veiller sur elle, sur sa conduite, sur sa réputation lui parut le plus strict devoir.
Or, elle avait jugé et décidé qu’il n’était pas convenable que la fiancée de son fils courût seule les rues, le soir. Ne serait-ce pas compromettre son honneur, et plus tard, la venimeuse Mme de Fondège ne calomnierait-elle pas cette sortie? Et elle était venue, la rigide bourgeoise, afin de pouvoir répondre:
—J’étais là!...
Quant à Mlle Marguerite, après les horribles agitations de la journée, elle s’abandonnait sans réserve à la douceur des émotions qui la pénétraient...
Bien des fois Pascal lui avait dit les préjugés de Mme Férailleur, et l’inflexibilité de ses principes... Mais il lui avait dit aussi son énergie, l’élévation de son esprit et de son cœur, et qu’elle était bonne entre les meilleures et les plus dévouées...
Mais pour la jeune fille, une considération qu’elle ne s’avouait peut-être pas, effaçait toutes les autres... Mme Férailleur était la mère de Pascal... Pour cela seul, elle l’eût adorée...
Comment n’eût-elle pas béni cette femme qui, veuve, ruinée par un misérable, s’était vaillamment remise au travail pour élever son fils, et en avait fait un homme... l’homme que, librement, Mlle Marguerite avait choisi entre tous...
Elle se fût agenouillée devant cette bourgeoise si simple et si grande, si elle l’eût osé... elle lui eût baisé les mains!...
Et si son cœur se serra, pendant qu’elle franchissait la distance qui séparait ses espérances de la réalité, c’est que pendant qu’elle admirait cette mère incomparable, le souvenir de sa mère, à elle, de la baronne Trigault, lui revint...
Le fiacre, cependant, avait dépassé les boulevards extérieurs, et il cahotait sur la route d’Asnières, au grand galop des chevaux incessamment fouaillés.