—Ah!... c’est le coup de grâce du misérable!... s’écria-t-il.
Et s’approchant de Mme Férailleur, toujours immobile et roide, contre la porte:
—Regarde, mère, ajouta-t-il, regarde!...
Et du doigt il lui fit suivre mot à mot, cette phrase accablante, si explicite que le jury le plus scrupuleux n’eût pas demandé plus:
«...J’ai combiné une mesure qui effacera complétement et à tout jamais le souvenir de ce maudit P. F., si tant est qu’on daigne se souvenir de lui, après le petit désagrément que nous lui avons ménagé chez la d’Argelès...»
—Encore, n’est-ce pas tout, continua Mlle Marguerite. D’autres lettres existent, qui complètent celle-ci, et qui, rapprochées, prouvent la froide préméditation, et nomment l’abject complice, Coralth... Et ces foudroyants témoignages sont au pouvoir d’un ancien complice du marquis, un homme d’une honnêteté suspecte, devenu son ennemi... Il s’appelle Isidore Fortunat, et demeure place de la Bourse...
Elle sentait arrêté sur elle, tenace et pénétrant, le regard de Mme Férailleur... Elle eut l’intuition de ce qui se passait dans l’âme de la rigide bourgeoise et comprit que son avenir et le bonheur de son mariage se décidaient en ce moment.
Aussi, vivement, comme si elle eût espéré se dévoiler tout entière:
—Ma conduite n’a peut-être pas été celle d’une jeune fille, Pascal, prononça-t-elle. Timide, inexpérimentée, saintement ignorante de la vie et du mal, une jeune fille pieusement gardée par sa mère se fût abîmée sous la honte et n’eût trouvé que des larmes et des prières... J’ai pleuré aussi, moi, j’ai prié, mais je me suis débattue, j’ai agi... A l’heure du danger, il m’est venu quelque chose de la vaillance et de l’énergie des pauvres femmes du peuple parmi lesquelles j’ai autrefois gagné mon pain... Les misères du passé n’ont pas été perdues...
Et simplement, sans emphase, comme si elle eût conté la chose la plus naturelle du monde, elle dit quelle lutte elle avait acceptée et soutenue, seule contre tous, forte de sa foi en Pascal et de son amour...