—Oui.

—Et l’original?

—M. de Fondège seul pourrait dire ce qu’il est devenu. Ce qui est évident, c’est qu’il a réussi à s’en emparer. Se livrerait-il à des dépenses insensées, s’il n’était pas persuadé que toute preuve du fidéicommis est anéantie!... Peut-être, en apprenant la mort si soudaine de M. de Chalusse, a-t-il séduit le concierge, qui a guetté sa lettre et la lui a rendue?... A ce sujet, j’en suis réduit aux conjectures. S’il désire que vous épousiez son fils, c’est que probablement il lui paraît trop affreux de vous laisser dans la misère pendant qu’il jouit de la fortune qu’il vous a volée. Les pires coquins ont de ces scrupules. D’un autre côté, vous marier à son fils serait s’assurer contre toutes les chances de l’avenir...

Il se tut un moment, cherchant s’il n’oubliait rien, et plus lentement:

—Vous le voyez, Marguerite, les preuves de votre innocence existent, palpables, plus claires que le jour, indiscutables... Malheureusement, j’ai été pour moi moins heureux que pour vous... Vainement j’ai essayé de rassembler des preuves matérielles du guet-apens dont j’ai été victime... Je n’ai à fournir que des témoignages, toujours discutables, et c’est seulement en démontrant l’infamie du marquis de Valorsay et du vicomte de Coralth que je puis me réhabiliter...

Une joie immense, sans mélange, illuminait le visage de Mlle Marguerite...

—Enfin, je puis donc vous servir à mon tour, ô mon unique ami! s’écria-t-elle. Ah! que béni soit Dieu qui m’a si bien inspirée, et qui me récompense ainsi d’une heure de courage!... L’idée de mon pauvre père, je l’ai eue, Pascal, oui, la même absolument, n’est-ce pas étrange!... Cette preuve matérielle de votre innocence, que vous avez inutilement cherchée, je l’ai, écrite et signée du marquis de Valorsay... De même que M. de Fondège, il croit anéantie la lettre qui l’accuse et l’accable, il l’a brûlée, et cependant elle existe.

Et tirant de son corsage une des épreuves qui lui avaient été remises par la photographie Carjat, elle la tendit à Pascal, en disant:

—Lisez!...

D’un coup d’œil, Pascal embrassa cette épreuve, fac-simile merveilleux de la lettre adressée par le marquis de Valorsay à Mme Léon.