Il ne tarda pas à s'y rendre, son appétit ayant été coupé par la seule annonce de cette visite. Il était préparé à tout ce qu'il y a de plus fâcheux.

Dès qu'il parut, Claire s'inclina devant lui avec une de ces belles révérences de dignité première qu'enseignait madame la marquise d'Arlange.

—Monsieur le comte..., commença-t-elle.

—Vous venez, n'est-il pas vrai, ma pauvre enfant, chercher des nouvelles de ce malheureux? demanda M. de Commarin.

Il interrompait Claire et allait droit au but pour en finir au plus vite.

—Non, monsieur le comte, répondit la jeune fille, je viens vous en donner au contraire. Vous savez qu'il est innocent?

Le comte la regarda bien attentivement, persuadé que la douleur lui avait troublé sa raison. Sa folie, en ce cas, était fort calme.

—Je n'en avais jamais douté, continua Claire, mais maintenant j'en ai la preuve la plus certaine.

—Songez-vous bien à ce que vous avancez, mon enfant? interrogea le comte, dont les yeux trahissaient la défiance.

Mlle d'Arlange comprit les pensées du vieux gentilhomme. Son entretien avec M. Daburon lui avait donné de l'expérience.