—Je n'avance rien qui ne soit de la dernière exactitude, répondit-elle, et facile à vérifier. Je sors à l'instant de chez le juge d'instruction, monsieur Daburon, qui est des amis de ma grand-mère, et après ce que je lui ai révélé, il est persuadé qu'Albert n'est pas coupable.

—Il vous l'a dit, Claire! s'exclama le comte. Mon enfant, en êtes-vous sûre, ne vous trompez-vous pas?

—Non, monsieur. Je lui ai appris une chose que tout le monde ignorait; qu'Albert, qui est un gentilhomme, ne pouvait lui dire. Je lui ai appris qu'Albert a passé avec moi, dans le jardin de ma grand-mère, toute cette soirée où le crime a été commis. Il m'avait demandé un rendez-vous...

—Mais votre parole ne peut suffire.

—Il y a des preuves, et la justice les a maintenant.

—Est-ce bien possible, grand Dieu! s'écria le comte hors de lui.

—Ah! monsieur le comte, fit amèrement Mlle d'Arlange, vous êtes comme le juge, vous avez cru l'impossible. Vous êtes son père et vous l'avez soupçonné. Vous ne le connaissez donc pas! Vous l'abandonniez sans chercher à le défendre! Ah! je n'ai pas hésité, moi!

On croit aisément à la vraisemblance de ce qu'on désire de toute son âme. M. de Commarin ne devait pas être difficile à convaincre. Sans raisonnements, sans discussion, il ajouta foi aux assertions de Claire. Il partagea son assurance sans se demander si cela était sage et prudent.

Oui, il avait été accablé par la certitude du juge, il s'était dit que l'invraisemblance était vraie et il avait courbé le front. Un mot d'une jeune fille le ramenait. Albert innocent! Cette pensée descendait sur son cœur comme une rosée céleste.

Claire lui apparaissait ainsi qu'une messagère de bonheur et d'espoir. Depuis trois jours seulement, il avait mesuré la grandeur de son affection pour Albert. Il l'avait tendrement aimé, puisque jamais, malgré ses affreux soupçons sur sa paternité, il n'avait pu se résigner à l'éloigner de lui.