Depuis trois jours, le souvenir du crime imputé à ce malheureux, l'idée du châtiment qui l'attendait le tuaient. Et il était innocent!
Plus de honte, plus de procès scandaleux, plus de boue sur l'écusson; le nom de Commarin ne retentirait pas devant les tribunaux.
—Mais alors, mademoiselle, demanda le comte, on va le relâcher?
—Hélas! monsieur, je demandais, moi, qu'on le mît en liberté à l'instant même. C'est juste, n'est-ce pas, puisqu'il n'est pas coupable? Mais le juge m'a répondu que ce n'était pas possible, qu'il n'est pas le maître, que le sort d'Albert dépend de beaucoup de personnes. C'est alors que je me suis décidée à venir vous demander assistance.
—Puis-je donc quelque chose?
—Je l'espère, du moins. Je ne suis qu'une pauvre fille bien ignorante, moi, et je ne connais personne au monde. Je ne sais pas ce qu'on peut faire pour qu'on ne le retienne plus en prison. Il doit cependant y avoir un moyen de se faire rendre justice. Est-ce que vous n'allez pas tout tenter, monsieur le comte, vous qui êtes son père?
—Si, répondit vivement M. de Commarin, si, et sans perdre une minute.
Depuis l'arrestation d'Albert, le comte était resté plongé dans une morne stupeur. Dans sa douleur profonde, ne voyant autour de lui que ruines et désastres, il n'avait rien fait pour secouer l'engourdissement de sa pensée. Cet homme, si actif d'ordinaire, remuant jusqu'à la turbulence, avait été stupéfié. Il se plaisait dans cet état de paralysie cérébrale qui l'empêchait de sentir la vivacité de son malheur. La voix de Claire sonna à son oreille comme la trompette de la résurrection. La nuit affreuse se dissipait, il entrevoyait une lueur à l'horizon, il retrouva l'énergie de sa jeunesse.
—Marchons, dit-il.
Mais soudain sa physionomie rayonnante se voila d'une tristesse mêlée de colère.