—Mais encore, reprit-il, où? À quelle porte frapper sûrement? Dans un autre temps, je serais allé trouver le roi. Mais aujourd'hui!... Votre empereur lui-même ne saurait se mettre au-dessus de la loi. Il me répondrait d'attendre la décision de ces messieurs du tribunal, et qu'il ne peut rien. Attendre!... Et Albert compte les minutes avec une mortelle angoisse! Certainement on obtient justice, seulement, se la faire rendre promptement est un art qui s'enseigne dans des écoles que je n'ai pas fréquentées.
—Essayons toujours, monsieur, insista Claire, allons trouver les juges, les généraux, les ministres, que sais-je, moi! Conduisez-moi simplement, je parlerai, moi, et vous verrez si nous ne réussissons pas!
Le comte prit entre ses mains les petites mains de Claire et les retint un moment, les pressant avec une paternelle tendresse.
—Brave fille! s'écria-t-il, vous êtes une brave et courageuse fille, Claire! Bon sang ne peut mentir. Je ne vous connaissais pas. Oui, vous serez ma fille, et vous serez heureux, Albert et vous... Mais nous ne pouvons pourtant pas nous lancer comme des étourneaux. Il nous faudrait, pour m'indiquer à qui je dois m'adresser, un guide quelconque, un avocat, un avoué. Ah! s'écria-t-il, nous tenons notre affaire, Noël!...
Claire leva sur le comte ses beaux yeux surpris.
—C'est mon fils, répondit M. de Commarin, visiblement embarrassé, mon autre fils, le frère d'Albert. Le meilleur et le plus digne des hommes, ajouta-t-il, rencontrant fort à propos une phrase toute faite de M. Daburon. Il est avocat, il sait son Palais sur le bout du doigt, il nous renseignera.
Ce nom de Noël, ainsi jeté au milieu de cette conversation qu'enchantait l'espérance, serra le cœur de Claire. Le comte s'aperçut de son effroi.
—Soyez sans inquiétude, chère enfant, reprit-il. Noël est bon, et je vous dirai plus, il aime Albert. Ne hochez pas la tête ainsi, jeune sceptique, Noël m'a dit ici même qu'il ne croyait pas à la culpabilité d'Albert. Il m'a déclaré qu'il allait tout faire pour dissiper une erreur fatale, et qu'il voulait être son avocat.
Ces affirmations ne semblèrent pas rassurer la jeune fille. Elle se disait: qu'a-t-il donc fait pour Albert, ce Noël? Pourtant elle ne répliqua pas.
—Nous allons l'envoyer chercher, continua M. de Commarin; il est en ce moment près de la mère d'Albert, qui l'a élevé et qui se meurt.