Sa conviction, involontairement formée lorsque Clergeot lui avait révélé les folies de Noël, s'était depuis fortifiée de mille circonstances; chez Juliette il avait été sûr, et pourtant, à ce dernier moment, lorsque le doute devenait absolument impossible, en voyant éclater l'évidence, il fut atterré.
—Allons! s'écria-t-il enfin, il s'agit maintenant de le prendre!
Et sans perdre une minute, il se fit conduire au Palais de Justice où il espérait rencontrer le juge d'instruction. Malgré l'heure, en effet, M. Daburon n'avait pas encore quitté son cabinet.
Il causait avec le comte de Commarin, qu'il venait de mettre au fait des révélations de Pierre Lerouge, que le comte croyait mort depuis plusieurs années.
Le père Tabaret entra comme un tourbillon, trop éperdu pour faire attention à la présence d'un étranger.
—Monsieur! s'écria-t-il, bégayant de rage, monsieur, nous tenons l'assassin véritable! C'est lui, c'est mon fils d'adoption, mon héritier, c'est Noël!
—Noël!... répéta M. Daburon en se levant.
Et plus bas il ajouta:
—Je l'avais deviné.
—Ah! il faut un mandat bien vite, continua le bonhomme; si nous perdons une minute, il nous file entre les doigts! Il se sait découvert, si sa maîtresse l'a prévenu de ma visite. Hâtons-nous, monsieur le juge, hâtons-nous!