—Il est donc une raison que tu ne me dis pas...
—Aucune, sinon que je ne veux pas te quitter. As-tu pensé, parfois, à ce que serait ton existence, si je n'étais plus là?... T'es-tu demandé ce que tu deviendrais entre mon père, dont le despotisme se fera plus lourd avec l'âge, et mon frère?...
Toujours empressée à défendre son fils:
—Maxence n'est pas méchant, interrompit-elle... Va, il saura bien me récompenser des quelques chagrins qu'il me cause...
La jeune fille eut un geste de doute.
—Je le souhaite, chère mère, dit-elle, et de toutes les forces de mon âme, mais je n'ose l'espérer... Son repentir, ce soir, était grand et sincère, mais se le rappellera-t-il demain?... Ne sais-tu pas, d'ailleurs, que le parti de mon père est bien pris de se séparer de Maxence?... Te vois-tu seule ici, avec mon père!...
A cette seule perspective, Mme Favoral frissonna.
—Je ne souffrirais pas longtemps, murmura-t-elle.
Mlle Gilberte l'embrassa.
—Eh! c'est parce que je veux que tu vives pour être heureuse, s'écria-t-elle, que je refuse de me marier. Ne faut-il pas que tu aies ta part de bonheur en ce monde. Va, laisse-moi faire. Sais-tu quels dédommagements l'avenir te réserve? D'ailleurs, ce parti que mon père m'a choisi ne me convient pas. Un homme de Bourse, qui ne penserait qu'à l'argent, qui vérifierait mes comptes de ménage, comme papa vérifie les tiens, ou qui me chargerait de diamants et de cachemires comme Mme de Thaller, pour servir d'enseigne à sa boutique?... Non, je n'en veux pas! Ainsi, mère chérie, sois brave, prends bien le parti de ta fille, et nous serons vite débarrassées de cet épouseur.