Jamais la jeune fille n'avait été aussi cruellement embarrassée qu'elle l'était en ce moment, par cette perspicacité si soudaine et si imprévue.
Devait-elle se confier à sa mère?
Elle n'y avait en vérité aucune répugnance, bien certaine d'avance de l'inépuisable indulgence de la pauvre femme, sans compter qu'il lui eût été bien doux d'avoir enfin quelqu'un à qui parler de Marius.
Mais elle savait que son père n'était pas homme à renoncer à un projet conçu par lui. Elle savait qu'il reviendrait à la charge obstinément, sans paix ni trêve. Or, comme elle était résolue à résister avec une non moins implacable opiniâtreté, elle prévoyait des luttes terribles, toutes sortes de violences et de persécutions.
Informée de la vérité, Mme Favoral aurait-elle la force de résister à ces orages de tous les jours? Un moment ne viendrait-il pas, où, sommée par son mari d'expliquer les refus de sa fille, menacée, terrifiée, elle confesserait tout?...
D'un coup d'oeil, Mlle Gilberte évalua le danger, et puisant dans la nécessité une audace bien éloignée de son caractère:
—Tu te trompes, chère mère, dit-elle, je ne t'ai rien caché.
Peu convaincue, Mme Favoral hochait la tête.
—Alors, fit-elle, tu céderas.
—Jamais.