D'un coup de coude le chef de bureau lui imposa silence. C'était pour lui le moment le plus intéressant.
Sans attendre la réponse de sa femme, M. Favoral venait d'attirer son protégé devant Mlle Gilberte.
—Chère fille, dit-il, monsieur Costeclar, l'ami dont je t'ai parlé.
M. Costeclar s'inclina plus bas et bomba encore ses épaules, mais la jeune fille le toisa d'un regard si glacial, que sa langue, toute bien pendue qu'elle fût, restait comme gelée dans sa bouche, et qu'il ne trouvait rien à balbutier, sinon:
—Mademoiselle..., l'honneur..., le plus humble de vos admirateurs...
Heureusement, Maxence était debout à trois pas; il se rejeta sur lui, et lui saisissant la main, qu'il secoua:
—J'espère, cher monsieur, dit-il, que nous serons bientôt amis intimes. Votre excellent père, dont vous êtes la plus chère préoccupation, m'a bien souvent parlé de vous. Les événements, à ce qu'il m'a confié, n'ont pas jusqu'ici répondu à vos désirs. Bast! c'est un mince malheur à votre âge. Ce n'est pas du premier coup, à notre époque, qu'on trouve sa voie, celle qui mène à la fortune. Vous trouverez la vôtre. De ce moment, je mets à vos ordres mon influence et mon savoir-faire, et si vous voulez me prendre pour guide...
Maxence avait retiré sa main.
—Je vous suis fort obligé, Monsieur, répondit-il froidement, mais je me tiens pour content de mon sort et me crois assez grand pour marcher seul...
Tout autre que M. Costeclar eût été un peu décontenancé. Il l'était si peu que c'était à croire qu'il avait été prévenu et s'attendait à cet accueil.