Il pirouetta sur les talons et s'avança vers les amis de M. Favoral avec un sourire trop avenant pour qu'on n'y lût pas son désir de conquérir leur suffrage.
On était alors aux premiers jours de juin 1870. Nul encore ne pouvait prévoir les effroyables désastres dont devait être marquée la fin de cette année fatale. Et cependant, la France était en proie à cet indéfinissable malaise qui précède les grandes convulsions sociales. Le plébiscite n'avait pas rétabli la confiance ébranlée. Chaque jour les rumeurs les plus inquiétantes circulaient, et c'est avec une sorte de passion qu'on recherchait les nouvelles.
Or, M. Costeclar était excellemment renseigné.
Il avait dû, en venant, toucher au boulevard des Italiens, le terrain béni où chaque soir la petite Bourse travaille à la prospérité financière du pays. Il avait traversé le passage de l'Opéra qui est, comme chacun sait, l'entrepôt des informations les plus exactes et les plus sûres. Donc on pouvait le croire.
Il s'était adossé à la cheminée, et s'emparant de la conversation, il parlait, il parlait...
Étant à la hausse, il voyait tout en beau. Il croyait à l'éternité du second Empire. Il chantait les louanges du nouveau cabinet. Il était prêt à verser tout son sang pour Émile Olivier.
Des gens se plaignaient bien, avouait-il, du ralentissement et de la difficulté des affaires, mais ces gens, à son avis, n'étaient que des baissiers. Jamais les affaires n'avaient été si brillantes. En aucun temps la prospérité n'avait été si grande. Les capitaux affluaient. Les institutions de crédit prospéraient. Toutes les valeurs montaient. Toutes les poches étaient pleines à craquer...
Et les autres écoutaient, étonnés de cette intarissable faconde, de ce «bagout» plus pailleté d'or que l'eau-de-vie de Dantzig, dont les commis-voyageurs de la Bourse grisent leurs pratiques...
Tout à coup:
—Mais vous m'excuserez, dit-il, en se précipitant vers l'autre bout du salon...