C'est que Mme Favoral venait de se lever et de sortir, pour commander à sa bonne de servir le thé.
La place était libre au près de Mlle Gilberte, M. Costeclar s'y précipitait.
—Il sait son métier, grommela M. Desormeaux.
—Assurément, dit M. Desclavettes, si j'avais en ce moment des fonds disponibles...
—Je m'estimerais heureux de l'avoir pour gendre, déclara M. Favoral.
Il y tâchait de son mieux. Venu pour faire sa cour, il la faisait. Interloqué par le premier regard de Mlle Gilberte, il avait retrouvé toute sa verve.
C'est son portrait qu'il esquissait d'abord.
Il venait d'atteindre la trentaine, et avait expérimenté le fort et le faible de la vie. Il avait eu des succès, mais il s'en était dégoûté. Ayant sondé le vide de ce qu'on appelle le plaisir, il ne souhaitait plus rien que rencontrer une compagne dont les vertus et les grâces fixeraient le bonheur à son foyer...
Il ne pouvait pas ne pas remarquer l'air distrait de la jeune fille, mais il avait, pensait-il, des moyens de forcer son attention.
Et il poursuivait, disant qu'il se sentait du bois dont on fait les maris-modèles. D'avance son plan était fait. Sa femme serait libre. Elle aurait ses chevaux et sa voiture à elle, sa loge aux Italiens et à l'Opéra, et un compte ouvert chez Worth et Van Klopen. Quant aux diamants, il en faisait son affaire. Il tenait à ce que le luxe de sa femme fût remarqué et même cité dans les journaux.