—Assurément, je blâme toute espèce de fraude. Mais je prétends et je soutiens qu'un homme qui a travaillé vingt ans pour donner une belle dot à sa fille, a bien le droit d'exiger de son gendre certaines mesures conservatrices, qui garantissent un argent qui est sien, en définitive, et qui ne doit profiter qu'aux siens.

Cette déclaration devait clore la soirée. Il se faisait tard. Les hôtes du samedi se hâtèrent d'endosser leurs pardessus. Et tout en se retirant:

—Conçoit-on cette petite Gilberte! disait Mme Desclavettes. Ah! si j'avais une fille, je ne lui passerais pas de semblables fantaisies. Mais sa pauvre mère est si incroyablement faible!

—Mais ce cher Favoral est ferme pour deux, interrompit M. Desormeaux. Et il est plus que probable qu'il est en train, en ce moment même, de relever sa fille du péché de paresse.

Eh bien! pas du tout! Si profondément irrité que dût être M. Favoral, ni ce soir-là, ni le lendemain, il ne fit la plus lointaine allusion à ce qui s'était passé.

Le lundi, seulement, avant de partir pour son bureau, enveloppant sa femme et sa fille de son plus mauvais regard:

—M. Costeclar nous doit une visite, dit-il, et il se peut qu'il se présente en mon absence. Je veux qu'il soit reçu, et je vous défends de sortir pour vous enlever tout prétexte de lui refuser la porte. Je pense qu'il ne se trouvera, dans ma maison, personne d'assez hardi pour mal recevoir un homme qui me plaît, et que j'ai choisi pour gendre...

Mais était-il possible, était-il probable, que M. Costeclar se hasardât à une telle démarche, après l'accueil de Mlle Gilberte, le samedi soir?

—Non, mille fois non! affirmait Maxence à sa mère et à sa sœur; ainsi, vous pouvez être tranquilles...

Elles l'étaient presque, en vérité, quand l'après-midi même, un rapide roulement de voiture attira Mme Favoral à la fenêtre.