L'excès même de l'épouvante rendait à Mme Favoral une portion de son énergie. Se jetant au-devant de son mari, comme pour le protéger, comme pour le défendre:
—On vient t'arrêter, Vincent, s'écria-t-elle. On vient; n'entends-tu pas?...
Il demeurait à la même place, les talons cloués au sol.
—Cela devait être, fit-il.
Et de l'accent du misérable qui voit tout espoir anéanti, qui renonce à la lutte et qui s'abandonne:
—Soit, dit-il, qu'on m'arrête, et que tout finisse une bonne fois. C'est assez d'angoisses comme cela, assez d'alternatives insoutenables. Je suis las de toujours feindre, de toujours ruser, tromper et mentir. Qu'on m'arrête! Il n'est pas de malheur qui ne soit moindre, en réalité, que l'horreur de l'incertitude. Maintenant, je n'ai plus rien à redouter. Pour la première fois depuis des années, je dormirai cette nuit!...
Il ne remarquait pas la sinistre impression de ses hôtes.
—Vous pensez que je suis un voleur, ajouta-il, eh bien! soyez satisfaits. Justice va être faite!...
Mais il leur prêtait là des sentiments qui n'étaient plus les leurs. Ils oubliaient leur colère si terrible et l'amer ressentiment de leur argent perdu.
L'imminence du péril, tout à coup, réveillait en leur âme les souvenirs du passé et cette forte affection qui naît d'une longue habitude et d'un constant échange de services rendus. Quoi qu'eût fait M. Favoral, ils ne voyaient plus en lui que l'ami, l'hôte dont cent fois ils avaient rompu le pain ensemble, l'homme dont la probité, jusqu'à cette soirée fatale, était restée bien au-dessus du soupçon.