—Moi, déclarait M. Costeclar, je prévoyais ce qui est arrivé. Je savais que c'était au dehors, pour organiser des armées de secours, qu'il faudrait des hommes. Je suis allé offrir mes services au gouvernement de la Défense, et tout Bordeaux a pu me voir botté, éperonné, prêt à partir...

Et en conséquence, il sollicitait la croix, et ne désespérait pas de l'obtenir, par la toute-puissance de ses relations financières.

—Un tel l'a bien obtenue, répondait-il aux objections. Et il nommait celui-ci ou cet autre, dont les faits d'armes se bornaient à s'être promené au soleil, galonné jusqu'aux épaules.

—Mais c'est moi qui la mériterais, cette croix, soutenait M. Jottras jeune, car moi, du moins, j'ai rendu des services.

Et il racontait qu'après avoir fouillé toute l'Angleterre pour y découvrir des armes, il s'était embarqué pour New-York où il avait acheté des masses de fusils et de cartouches, et jusqu'à des batteries de canons.

Il avait beaucoup souffert pendant ce dernier voyage, ajoutait-il, et cependant il ne le regrettait pas, puisqu'il lui avait fourni l'occasion d'étudier sur place les mœurs financières de l'Amérique. Et il en revenait avec assez d'idées pour faire la fortune de trois ou quatre sociétés au capital de vingt millions.

—Ah! ces Américains, s'écriait-il, voilà des hommes qui comprennent les affaires! Près d'eux, nous ne sommes que des enfants.

C'est par M. Chapelain, par les Desclavettes et par le papa Desormeaux que les nouvelles arrivaient rue Saint-Gilles.

C'était aussi par Maxence, dont le bataillon avait été licencié, et qui, en attendant mieux, s'était casé, à titre de commis auxiliaire, au chemin de fer d'Orléans, où il gagnait deux cents francs par mois.

Car M. Favoral, lui, ne voyait ni n'entendait plus rien de ce qui se passait autour de lui. Son travail l'absorbait entièrement. Il partait de meilleure heure, rentrait plus tard, et en perdait le boire et le manger.