—Quel argent?

—Mes dix mille francs, donc! Dix mille francs que j'ai apportés à M. Favoral, en or, vous m'entendez, en dix rouleaux que j'ai déposés là, sur cette table, et dont il m'a donné un reçu. Le voilà, son reçu...

Il tendait un papier, Maxence ne le prit pas.

—Je ne doute pas de votre parole, monsieur, répondit-il; mais les affaires de mon père ne sont pas les nôtres...

—Vous refusez de me rendre mon argent?

—Ni ma mère, ni ma sœur, ni moi, monsieur, ne possédons rien...

Un flot de sang sauta au visage de l'homme, et d'une langue épaissie par la colère:

—Et vous croyez, s'écria-t-il, que je vais me payer de cela?... Vous n'avez rien? Pauvre chat! où donc ont passé les vingt millions que votre père a volés?... Car il a volé vingt millions, je le sais, on me l'a dit. Où sont-ils?...

—Monsieur, la police a mis les scellés sur les papiers de mon père.

—La police! interrompit le boulanger, les scellés!... Qu'est-ce que cela me fait!... C'est mon argent que je veux, entendez-vous... La justice va s'en mêler, n'est-ce pas, arrêter votre père et le faire passer en jugement? En serai-je plus avancé? On le condamnera à deux ou trois ans de prison. En aurai-je un sou de plus? Lui, fera son temps bien tranquillement, et en sortant de prison, il ira déterrer le magot qu'il a caché quelque part, et pendant que je crèverai de faim, à ma barbe et à mon nez, il fera danser mes écus... Non! non! cela ne se passera pas ainsi, c'est tout de suite que je veux être payé!...