—Ah! si c'est comme cela, balbutia-t-il, et puisque vous vous en mêlez, mademoiselle...
Et il battit précipitamment en retraite, grommelant tout ensemble des excuses et des menaces, et tirant sur lui les portes à briser les cloisons...
—Quelle honte!... murmurait Mme Favoral.
Brisée par cette dernière scène, elle étouffait, et ses enfants durent la transporter près de la fenêtre ouverte.
Elle ne tarda pas à revenir à elle, mais alors, dans la nuit noire et froide, elle eut comme une vision de son mari, et se rejetant en arrière:
—O mon Dieu! balbutia-t-elle, où est-il allé, en nous quittant, où est-il à cette heure, que devient-il, que fait-il?...
Le mariage, pour Mme Favoral, n'avait été qu'une lente torture. C'est en vain que plongeant son regard dans le passé, elle y eût cherché quelques-uns de ces jours heureux qui laissent dans la vie une trace lumineuse, et vers lesquels aux heures d'affliction se reporte la pensée. Jamais Vincent Favoral n'avait été qu'un brutal despote abusant de la résignation de sa victime.
Et cependant, s'il fût mort, elle l'eût pleuré amèrement, dans toute la sincérité de son âme honnête et naïve.
L'habitude!... On a vu des prisonniers verser des larmes sur le cercueil de leur geôlier.
Puis, il était son mari, après tout, le père de ses enfants, le seul homme qui existât pour elle; il y avait vingt-six ans qu'ils ne s'étaient pas quittés, qu'ils s'asseyaient à la même table, qu'ils dormaient côte à côte dans le même lit.