La débâcle venue, les petits créanciers se montraient, comme toujours, les plus irrités et les plus intraitables. Moins on a d'argent, plus on y tient.
Il se trouvait là une marchande de journaux, une vieille femme qui avait confié à M. Favoral tout ce qu'elle possédait au monde, l'épargne de sa vie entière, cinq cents francs.
Désespérément cramponnée aux vêtements de Maxence, elle le conjurait de les lui rendre, protestant que s'il ne les lui rendait pas, c'en était fait d'elle, et qu'il ne lui resterait plus qu'à s'aller jeter à la Seine.
Ses gémissements et ses cris de détresse exaspéraient les autres créanciers.
Que le caissier du Crédit mutuel eût détourné des millions, ils le comprenaient, disaient-ils. Mais qu'il eût volé cinq cents francs à cette pauvre vieille, cela dépassait tout ce qu'on peut imaginer de bas, de lâche, de vil, et la loi n'a pas de châtiments assez forts pour punir un tel crime.
—Rendez-lui ses cinq cents francs! criaient-ils.
Car il n'en était pas un qui n'eût parié sa tête que M. Favoral avait mis de l'argent de côté, beaucoup d'argent; et quelques-uns même prétendaient qu'il devait l'avoir caché dans la maison, et que si on le cherchait bien on le trouverait.
Étourdi, ahuri, ne sachant auquel entendre, couvert de huées dès qu'il ouvrait la bouche, Maxence perdait la tête, quand, par bonheur, tout à coup, au milieu de cette foule hostile, il aperçut le visage ami de M. Chapelain.
Chassé, dès l'aube, de son lit, par les amers regrets de la perte énorme qu'il venait de faire, l'ancien avoué était arrivé rue Saint-Gilles, au moment même où les créanciers se ruaient dans l'appartement de M. Favoral.
Debout, au dernier rang, il avait tout vu, tout entendu sans souffler mot, et s'il intervenait, c'est qu'il jugeait que les affaires allaient prendre une vilaine tournure.